Les défaillances d’entreprises restent un sujet de première importance en 2026. Derrière les créations d’entreprises encore dynamiques, les indicateurs publiés depuis le début de l’année montrent un tissu économique sous tension, avec un niveau élevé de difficultés, une hausse des radiations et une progression des sorties liées aux procédures collectives.
Au premier trimestre 2026, Infogreffe a identifié 17 679 entreprises en difficulté, soit une hausse de 5,5 % sur un an. Sur la même période, 166 634 entreprises ont été radiées et les radiations consécutives à une procédure collective ont progressé de 18,1 %, à 37 480. En avril 2026, Infogreffe recensait encore 5 592 entreprises en difficulté sur le seul mois.
Le bon réflexe n’est donc pas d’attendre la rupture de trésorerie. Le bon réflexe consiste à traiter les premiers signaux faibles, puis à choisir l’outil adapté : mandat ad hoc, conciliation ou, si la situation est déjà trop dégradée, procédure collective.
Défaillances d’entreprises 2026 : ce que révèlent les chiffres Infogreffe
La statistique 2026 n’envoie pas un message de panique, mais un message d’anticipation. Infogreffe décrit un début d’année marqué par une dynamique entrepreneuriale “en apparence” soutenue, mais accompagnée de tensions persistantes : hausse des radiations, hausse des inscriptions de privilèges et maintien d’un volume élevé d’entreprises en difficulté.
Tous les secteurs ne sont pas exposés de la même manière. La construction concentrait, au premier trimestre 2026, le plus grand nombre de procédures collectives, avec 3 693 procédures. Les secteurs à forte rotation, comme certains services aux entreprises, peuvent aussi masquer des fragilités structurelles derrière des créations nombreuses.
À retenir : une hausse des défaillances ne se lit pas seulement comme une statistique macroéconomique. Pour un dirigeant, c’est un signal de vigilance opérationnelle immédiate.
Signaux faibles : les indicateurs à surveiller avant la crise
La plupart des entreprises ne basculent pas brutalement en défaillance. Elles s’enfoncent par étapes. En pratique, plusieurs alertes doivent conduire le dirigeant à réagir sans attendre la confirmation par un impayé majeur :
- La trésorerie se tend de façon récurrente : décalages de paiement, endettement qui devient structurel, incapacité à absorber un imprévu.
- Les dettes fiscales ou sociales commencent à être payées en retard.
- Un ou plusieurs clients paient tard ou ne paient plus, ce qui déséquilibre tout le cycle d’exploitation.
- Les relations avec la banque se crispent : réduction de lignes, demandes de garanties supplémentaires, refus de financement.
- Les fournisseurs raccourcissent les délais ou exigent un paiement comptant.
- Le dirigeant arbitre en permanence dans l’urgence, sans visibilité de trésorerie à quelques semaines.
- Un conflit entre associés, un litige majeur ou la perte d’un marché important fragilise soudain la continuité de l’activité.
Ces signaux sont cohérents avec les exemples donnés par les sources officielles pour caractériser les difficultés économiques, financières ou juridiques pouvant justifier des outils de prévention, notamment le mandat ad hoc ou la conciliation.
Une entreprise en difficulté n’est pas seulement une entreprise qui ne paie plus. C’est souvent une entreprise qui commence à accumuler retards, tensions de trésorerie, impayés et blocages avec ses partenaires.
Mandat ad hoc, conciliation, procédure collective : quel outil de prévention choisir
Avant la cessation des paiements, le droit français prévoit des outils de prévention. Leur intérêt est simple : agir tôt, préserver la confidentialité et négocier avant que la situation ne se judiciarise davantage.
Mandat ad hoc : agir tôt et discrètement
Le mandat ad hoc est une procédure préventive et confidentielle accessible à toute entreprise, y compris au micro-entrepreneur, dès lors qu’elle ne se trouve pas en état de cessation des paiements.
À la demande du dirigeant, le président du tribunal désigne un mandataire ad hoc chargé de l’assister dans la résolution d’une difficulté déterminée, notamment en rétablissant le dialogue avec les principaux créanciers et en négociant des délais de paiement, un échelonnement des dettes ou d’éventuelles remises.
Dépourvu de pouvoir coercitif et ne disposant pas, en principe, de prérogatives supérieures à celles du débiteur, le mandataire ad hoc intervient comme tiers facilitateur. En pratique, il s’agit souvent d’un mandataire de justice ou d’un ancien juge consulaire, dont l’expérience de la négociation et l’autorité contribuent à instaurer un climat de confiance entre l’entreprise et ses créanciers.
Cette procédure est particulièrement adaptée lorsque l’entreprise dispose encore d’une marge de manœuvre, souhaite traiter une difficulté ciblée et entend éviter qu’une tension ponctuelle ne dégénère en crise durable.
Conciliation : négocier un accord avec ses principaux créanciers
La conciliation permet de rechercher rapidement un accord amiable avec les principaux créanciers grâce à un conciliateur.
Elle s’adresse aux entreprises qui rencontrent une difficulté juridique, économique ou financière, avérée ou prévisible, et qui ne se trouvent pas en état de cessation des paiements depuis plus de 45 jours. Contrairement aux procédures collectives, la conciliation repose sur une démarche volontaire et des négociations ciblées avec les partenaires concernés.
Son objectif est de prévenir ou de surmonter les difficultés de l’entreprise, notamment lorsqu’une cessation des paiements paraît imminente. La conciliation peut ainsi être ouverte de manière préventive, avant même que les difficultés ne se soient pleinement concrétisées.
Le conciliateur, qui est généralement un administrateur judiciaire ou un mandataire judiciaire, accompagne l’entreprise dans ses négociations afin de favoriser la conclusion d’un accord adapté à sa situation.
La procédure demeure en principe confidentielle. Cette confidentialité est préservée lorsque l’accord est simplement constaté par le président du tribunal. En revanche, si les parties sollicitent son homologation, le jugement d’homologation fait l’objet d’une mesure de publicité.
Cette publicité peut présenter un enjeu pour l’entreprise, dès lors qu’elle révèle l’existence de difficultés susceptibles d’affecter la confiance de certains partenaires.
La conciliation est l’outil à envisager lorsque l’entreprise doit négocier rapidement avec ses principaux créanciers, sans attendre qu’une crise de trésorerie devienne irréversible.
Sauvegarde et redressement judiciaire : quand la procédure collective devient nécessaire
L’arbitrage change lorsque l’entreprise ne peut plus faire face à son passif exigible avec son actif disponible. En droit, cette situation correspond à la cessation des paiements, qui ouvre le champ du redressement judiciaire.
La sauvegarde
La procédure de sauvegarde est ouverte au débiteur qui, sans être en état de cessation des paiements, justifie de difficultés qu’il n’est pas en mesure de surmonter. Instituée en 2005, elle permet aux entreprises in bonis de se placer sous la protection de la justice afin de faciliter leur réorganisation.
Elle peut être pertinente quand la prévention amiable ne suffit plus, mais que l’entreprise n’a pas encore franchi le seuil de la cessation des paiements.
Le redressement judiciaire
Le redressement judiciaire est ouvert à l’entreprise déjà en cessation des paiements. Son objectif est de permettre la poursuite de l’activité, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif, lorsque le redressement reste envisageable. À défaut, seule la liquidation judiciaire demeure possible.
En pratique, plus le dirigeant attend, plus il réduit ses options. Une entreprise qui aurait pu négocier en amont sous mandat ad hoc ou en conciliation peut se retrouver contrainte d’entrer en procédure collective faute d’avoir anticipé.
Grille de décision : quel outil selon le stade de difficulté
Voici une grille simple pour un dirigeant de TPE/PME :
Vous n’êtes pas en cessation des paiements et la difficulté est encore circonscrite
Outil à envisager : mandat ad hoc.
Objectif : reprendre la main tôt, discrètement, avec une mission sur mesure.
Vous devez négocier rapidement avec plusieurs créanciers
Outil à envisager : conciliation.
Objectif : obtenir un accord structuré avant que la situation ne se bloque complètement.
Vous n’êtes pas encore en cessation des paiements, mais vos difficultés ne sont plus surmontables seul
Outil à envisager : la procédure de sauvegarde.
Vous êtes en cessation des paiements et le redressement de l’entreprise est encore possible
Seul outil à disposition : la procédure de redressement judiciaire.
Le bon outil dépend en réalité d’un critère central : l’entreprise est-elle ou non en cessation des paiements ?
Quels interlocuteurs contacter pour prévenir une défaillance d’entreprise
Avant même la saisine du tribunal, ou en parallèle de la réflexion juridique, plusieurs acteurs publics peuvent aider le dirigeant à poser un diagnostic et à desserrer l’étau :
- Le conseiller départemental aux entreprises en difficulté : interlocuteur de confiance pour orienter l’entreprise, dans un cadre gratuit et confidentiel
- La CCSF : pour demander des délais de paiement sur les dettes fiscales et sociales, en toute confidentialité, sous conditions
- Le CODEFI : pour les entreprises de moins de 400 salariés confrontées à des difficultés de financement
- La médiation du crédit : service gratuit et confidentiel, avec un premier contact annoncé dans les 48 heures après dépôt du dossier, pour rétablir le dialogue avec les partenaires financiers
- Le Médiateur des entreprises : utile en cas de différend commercial avec un client, un fournisseur ou une administration, dans un cadre gratuit, rapide et confidentiel
Ces dispositifs d’accompagnement n’évitent pas toujours une procédure, mais ils permettent souvent d’éviter l’isolement du dirigeant et de gagner un temps décisif.
Les réflexes à adopter dès les premiers signaux de difficulté
- Maîtriser sa comptabilité et mesurer quotidiennement ses fonds propres et son besoin en fonds de roulement (BFR)
- Identifier les dettes urgentes : fiscales, sociales, bancaires, fournisseurs, loyers
- Vérifier si l’entreprise est en cessation des paiements ou s’en rapproche
- Ne pas rester seul : expert-comptable, avocat, interlocuteur public adapté
- Choisir le bon canal : médiation, CCSF, mandat ad hoc, conciliation, sauvegarde ou redressement, selon le stade réel de la difficulté
- Constituer rapidement un dossier financier crédible : état des créances et dettes, échéancier, comptes annuels, prévisionnel, besoins de financement. Ces pièces sont expressément demandées, notamment pour le mandat ad hoc et la conciliation
Le principal risque est toujours le même : c’est le retard pris dans la décision du dirigeant.
Ce qu’il faut retenir
Le niveau élevé des défaillances d’entreprises s’explique notamment par une conjoncture économique dégradée, marquée par des crises successives et des incertitudes accrues ayant fragilisé leur situation financière.
La diminution exceptionnelle du nombre de procédures collectives en 2020 et 2021 résulte principalement des mesures de soutien adoptées pendant la crise sanitaire, lesquelles ont temporairement limité les cessations de paiements et les dépôts de bilan, tout en maintenant artificiellement en vie certaines entreprises. La suppression progressive de ces dispositifs contribue ainsi à expliquer le rebond des défaillances observé au cours des années postérieures à la crise.
Les chiffres 2026 montrent une réalité simple : beaucoup d’entreprises continuent de se créer, mais les fragilités ne reculent pas. Pour un dirigeant, la question n’est donc pas seulement « est-ce grave ? », mais surtout « à quel stade suis-je, et quel outil dois-je activer maintenant ? »
Si l’entreprise peut encore négocier sereinement, le mandat ad hoc ou la conciliation permettent souvent d’éviter l’aggravation. Si les difficultés sont devenues insurmontables sans cadre collectif, la sauvegarde ou le redressement judiciaire doivent être envisagés sans attendre. Plus l’anticipation est précoce, plus le champ des solutions reste ouvert.
FAQ : défaillances d’entreprises et prévention en 2026
Une hausse des défaillances en 2026 signifie-t-elle que mon entreprise est en danger ?
Non. Une hausse des défaillances en 2026 ne signifie pas automatiquement que votre entreprise va entrer en procédure. En revanche, elle doit vous inciter à surveiller de près vos indicateurs de trésorerie, vos retards de paiement et vos relations avec vos créanciers, car les données Infogreffe montrent un environnement économique toujours tendu.
Quand faut-il demander un mandat ad hoc ?
Le mandat ad hoc peut être demandé lorsque l’entreprise rencontre des difficultés économiques, financières ou sociales, mais qu’elle n’est pas en cessation des paiements. Il permet d’être aidé par un mandataire pour négocier avec certains créanciers dans un cadre confidentiel.
Quelle est la différence entre mandat ad hoc et conciliation ?
Le mandat ad hoc est très souple et s’adresse à une entreprise qui n’est pas en cessation des paiements. La conciliation vise aussi les difficultés prévisibles ou avérées, mais elle peut encore être ouverte si l’entreprise est en cessation des paiements depuis moins de 45 jours. Elle sert souvent à rechercher un accord plus structuré avec les principaux créanciers.
La conciliation est-elle confidentielle ?
Oui, la procédure de conciliation reste confidentielle, sauf si le dirigeant demande l’homologation de l’accord de conciliation.
À partir de quand parle-t-on de cessation des paiements ?
Il y a cessation des paiements lorsque l’entreprise est dans l’impossibilité de faire face au passif exigible avec son actif disponible. C’est le critère juridique central pour savoir si l’on reste dans la prévention ou si l’on bascule vers le redressement judiciaire.
Peut-on demander des délais pour les dettes fiscales et sociales ?
Oui. La CCSF peut accorder des délais de paiement pour les dettes fiscales et sociales, sous conditions, dans un cadre confidentiel.
Qui contacter en premier quand la trésorerie se dégrade ?
Le premier réflexe utile est de ne pas rester seul. Selon la nature du problème, vous pouvez solliciter votre expert-comptable, votre avocat, un conseiller départemental aux entreprises en difficulté, la CCSF, la médiation du crédit ou le Médiateur des entreprises.
Sources
- Infogreffe, « Entrepreneuriat en France : un début d’année 2026 sous tension », publié le 9 avril 2026.
- Infogreffe, « Le pouls des entreprises au T1 2026 : un dynamisme de façade sur fonds de difficultés persistantes », publié le 20 avril 2026.
- Banque de France : « Défaillances d’entreprises – 2026-05 », publié le 3 juillet 2026
- Infogreffe, « Panorama de l’entrepreneuriat – Avril 2026 », publié le 5 mai 2026.
- Code de commerce, « De la prévention des difficultés des entreprises, du mandat ad hoc et de la procédure de conciliation », articles L611-1 à L611-17
- Code de commerce, « De la sauvegarde », articles L620-1 à L628-8
- Code de commerce, LIVRE VI : Des difficultés des entreprises, articles L610-1 à L696-1
- economie.gouv.fr / DGFiP, mission de soutien aux entreprises, notamment sur la CCSF et le CODEFI.
- economie.gouv.fr, Médiation du crédit et Médiateur des entreprises.
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